Mais pourquoi donc une foutue blockchain ?

Qu'est-ce que la Blockchain? Et pourquoi est-elle source d'autant d'agitation?

Le bonheur est dans les POC

Ca y est ! Après un an et demi de spéculations, de slides et de meet-up, les projets blockchains sortent de terre et prennent la forme de développements avec des cas d’usages concrets et des mises en œuvre techniques. Sur les marchés où Futurs.io porte le sujet (Paris, Bruxelles, Singapour et Hong-Kong), la plupart des grands comptes entrent en phase de POC avec des approches audacieuses.

Pour autant, à chaque nouveau sujet ou presque, une question revient du fond de la salle avec le ton grave du DSI qui en a trop vu : « Mais pourquoi donc une foutue blockchain ? ». Autrement dit, cette option est-elle vraiment légitime au-delà de l’effet de mode ou de la volonté d’expérimenter ? Ou une approche classique et centralisée peut-elle apporter les mêmes résultats (avec moins de risques et d’efforts) ? Et c’est une bonne question.

Mais après quelques lancements, nous commençons à distinguer le « tech-washing » des volontés sincères d’innovation et de rupture et les éléments de réponses se trouvent dans la valorisation des concepts fondateurs de la blockchain.

Les particules élémentaires

Historiquement, le bitcoin a permis de créer une monnaie crédible sans banque centrale (ou tiers de confiance) en s’appuyant sur quatre éléments clés :

·      L’architecture pair-à-pair ouverte

·      La dimension transactionnelle intrinsèque

·      L’historisation comme élément de sécurisation

·      Le minage comme base du consensus

Socle technique, la blockchain a permis d’élargir les cas d’usages en enrichissant le fonctionnement du bitcoin :

·      L’architecture pair-à-pair peut être ouverte ou fermée et associer des contributeurs variés (personnes physiques, morales mais aussi objets connectés).

·      La dimension transactionnelle ne porte plus uniquement sur des tokens mais sur des assets complexes (valeurs, votes, énergies …).

·      Le smartcontract permet d’automatiser l’exécution de clauses et de règles de gestion en leur conférant une valeur juridique

·      Le consensus s’est émancipé du minage, extrêmement chronophage et énergivore.

Côté application, on parle généralement blockchain lorsqu’on on propose un système applicatif pair-a-pair avec a minima l’un des 3 autres éléments fondateurs (transactions, smartcontract, consensus).

Les tiers de confiance et les systèmes centralisés pouvant être supplantés par cette nouvelle donne dépassent donc de loin les banques centrales garantes de la contrepartie monétaire.

Certes, mais lesquels, (Captain Obvious) ?

Et bien, les projets blockchains vont avoir une utilité dans deux grands types de cas d’usage

Cas 1 – les cas où le réseau pair-à-pair présente un avantage concurrentiel sur un système centralisé.

Cas 2 – les cas où la blockchain crée une proposition de valeur inatteignable avec un système centralisé.

Cas 1 : Un seul être vous manque

Il existe au moins quatre cas de figure où un système centralisé peut être supplanté par une blockchain.

Manque de fiabilité

Tous les tiers de confiance n’inspirent pas … confiance. Prenons un cas évident, de nombreuses opérations de vote récentes (en France ou à l’étranger) ont laissé un goût étrange aux observateurs. Et on reste poli. Sans parler de fraude, les questions portant sur la fiabilité des listes électorales ou le réel anonymat du vote en ligne reviennent régulièrement. Dans ce cas, par exemple, la blockchain avec ses registres distribués et son code lisible par tous offre un vrai avantage concurrentiel sur les organisations traditionnelles. Dans le même esprit, la lutte contre la contrefaçon étudie le modèle pour challenger les organismes de contrôle.

Manque de solidité

Il ne suffit pas d’être intègre, il faut avoir les moyens de le rester dans l’adversité. En moins de 10 ans, nous avons assisté à nombre de catastrophes improbables : nations s’écroulant avec leurs états-civils, des banques centrales faisant défaut, des sociétés de droits d’auteurs disparaissant avec leurs registres, des fonds de pensions engloutissant la retraite de milliers de personnes. Au-delà de la sincérité du tiers, sa capacité à résister aux aléas de l’époque pose question aux utilisateurs et aux ayants-droits et la blockchain peut rassurer.

Manque d’efficacité

On peut être sincère et solide, bref « too big to fail » mais peut-être aussi « to big to move ». Les grandes institutions commerciales (banques et assurances en premier lieu) se sont fortement développées notamment en mettant en place d’importants back-office et middle-office. En terme humain et technique, ces strates -souvent anciennes- génèrent des pesanteurs et évoluent lentement. Sans créer de nouveaux services, les smart-contracts permettent de redoutablement augmenter l’efficacité des activités transactionnelles. Les activités très processées (l’affacturage ou la gestion des droits d’auteurs par exemple) pourraient subir une concurrence sévère.

Manque de rentabilité

OK. Mais si l’on est fiable, solide et efficace, peut-on encore dormir tranquille ? Pas vraiment. Un système centralisé optimal peut encore offrir une faiblesse par rapport à un réseau pair-à-pair : son coût.

Aujourd’hui, par exemple, les SI bancaires gèrent sans faille l’ensemble de la chaîne de crédit du scoring au recouvrement. Pour autant, aucun n’est dimensionné pour prendre en charge du micro-crédit de quelques centaines d’euros. Voilà le genre de cas d’usage où une blockchain peut trouver un espace. De la même façon, les services de l’économie collaborative assumant des coûts d’infrastructure importants peuvent trouver un gisement d’économies dans les structures pair-à-pair et devenir rentables sur des micros-transactions.

Mais le vrai eldorado, n’est évidemment pas là où l’on se contentera de faire pareil en mieux. Le potentiel de la blockchain réside dans sa capacité à porter de nouveaux modèles et de nouveaux usages. En route vers le far-west.

Cas 2 : Jamais sans ma blockchain

L’avenir reste à inventer mais certains atouts exclusifs de la blockchain sont déjà visibles. Nous en détaillerons deux.

Trust. Unlimited

L’un des aspects les plus prometteurs de la blockchain, c’est sa capacité à porter de la confiance (et donc de la sécurité informatique) dans un environnement ouvert.

Les bases de la sécurité d’un système informatique, à plus forte raison transactionnelle, sont bien connues : il s’agit du triptyque « Disponibilité – Intégrité – Confidentialité ».

Et d’après Wikipédia :

La sécurité des systèmes d’information vise les objectifs suivants :

La disponibilité : Le système doit fonctionner sans faille durant les plages d’utilisation prévues et garantir l’accès aux services et ressources installées avec le temps de réponse attendu.

L’intégrité : Les données doivent être celles que l’on attend, et ne doivent pas être altérées de façon fortuite, illicite ou malveillante. En clair, les éléments considérés doivent être exacts et complets.

La confidentialité : Seules les personnes autorisées ont accès aux informations qui leur sont destinées. Tout accès indésirable doit être empêché.

D’autres aspects peuvent aussi être considérés comme des objectifs de la sécurité des systèmes d’information, tels que :

La traçabilité (ou « Preuve ») : garantie que les accès et tentatives d’accès aux éléments considérés sont tracés et que ces traces sont conservées et exploitables.

L’authentification : L’identification des utilisateurs est fondamentale pour gérer les accès aux espaces de travail pertinents et maintenir la confiance dans les relations d’échange.

La non-répudiation et l’imputation : Aucun utilisateur ne doit pouvoir contester les opérations qu’il a réalisées dans le cadre de ses actions autorisées, et aucun tiers ne doit pouvoir s’attribuer les actions d’un autre utilisateur.

Il est patent que la blockchain remplit nativement et parfaitement ce cahier des charges. Sa particularité (comme dans le cas du bitcoin) est de confier ses tâches au réseau lui-même en transparence et non à un administrateur qui garantit le code. Cela crée une différence essentielle notamment sur les questions d’authentification : les règles d’accès au réseau sont inscrites de manière intangible dans le code. Il est donc possible de créer des réseaux totalement ouverts mais fiabilisés sans aucune hypothèque concernant l’évolution, la pérennité et la confidentialité. C’est un avantage sur tout l’existant même comparé au fonctionnement d’un réseau de type Wikipedia qui représente sans doute la plateforme ouverte la plus aboutie en matière de régulation d’une infinité de contributeurs.

Law. Automatic

Grace à la disparition de l’administrateur centralisé, la blockchain devient paritaire. Cela lui offre un autre volet révolutionnaire : donner force de loi à la puissance du code partagé. En France, la loi Macron puis l’article 120 de la loi Sapin 2 ouvrent la porte à ces usages. Illustration dans le domaine des titres non côtés où la loi précise sa volonté de :

Adapter le droit applicable aux titres financiers et aux valeurs mobilières afin de permettre la représentation et la transmission, au moyen d’un dispositif d’enregistrement électronique partagé, des titres financiers qui ne sont pas admis aux opérations d’un dépositaire central ni livrés dans un système de règlement et de livraison d’instruments financiers ;

Demain ce sont des pans entiers de l’activité contractuelle (de la prestation de services à la propriété intellectuelle en passant par les codes électoraux) qui pourraient bénéficier de ce nouveau socle technologique. Les perspectives d’activités sont donc vertigineuses surtout quand on les associe au potentiel des systèmes IT émergents (IoT et intelligence artificielle notamment).

Et maintenant, qu’allons-nous faire ?

L’exceptionnel potentiel fonctionnel de la blockchain semble aujourd’hui faire consensus et la courbe de diffusion devrait suivre les schémas rodés mixant recherche immédiate de rentabilité et d’efficacité et investissement plus lointain dans le potentiel disruptif de la technologie.

Pour autant, la jungle reste dense et un grand nombre de questions sont en cours de résolution pour bâtir des modèles fonctionnels et économiques durables : expériences utilisateurs, options technologiques, performance globale, cadre légal … La sélection darwiniste qui touche les technologies émergentes s’annonce impitoyable.

Dans les prochains mois, Maltem va délivrer 3 projets blockchain (deux dans le domaine énergétique et un dans l’analyse financière). Les enseignements s’annoncent déjà très riches, notamment sur les adaptations du modèle opérationnel IT à cette nouvelle donne (on vous racontera la recette un jour).

Nous ne manquerons pas de vous tenir au courant.

Loïc POUJOL

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Article initialement publié ici:
https://fr.linkedin.com/pulse/mais-pourquoi-donc-une-foutue-blockchain-loic-poujol
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